Les stratégies de l'égalité

Les stratégies de l'égalité

Les stratégies permettant d’atteindre une pédagogie de l’égalité sont variées. Nous en proposons ici différents exemples en nous basant notamment sur les travaux de Louise Lafortune.

 

Bannir les violences de genre et réagir aux paroles et aux gestes pouvant dévaloriser une catégorie d’élèves

Afin de mieux vivre ensemble, il est utile de discuter avec les élèves dès le début de l’année des règles de l’établissement en matière de violences verbales ou physiques, à caractère sexiste ou homophobe. Il est ensuite plus facile d’intervenir lors d’un conflit lorsque les règles ont clairement été établies et discutées. Pour plus d’informations sur ce sujet, rendez-vous à la section "Réalité ou fiction ?".

 

Utiliser des documents variés afin que tous et toutes se sentent concernés

Il faut d’abord prêter attention aux manuels scolaires et aux albums de jeunesse. Ceux-ci véhiculent parfois de nombreux stéréotypes. Soyez attentifs au nombre de représentations de femmes et d’hommes qui devrait être égal, au type et à la hiérarchie des professions (éviter de systématiquement prendre des femmes institutrices ou infirmières, des hommes banquiers ou pilotes,…). Essayez de trouver des exemples qui réussissent à bousculer les assignations habituelles au sexe féminin sans toutefois verser dans l’inversion ou le contre-stéréotype. 

Faites également attention aux stéréotypes sexistes dans les manuels de mathématiques et de sciences. Même en mathématique et en sciences, on relève de nombreux stéréotypes dans les manuels. Les garçons se retrouvent plus souvent en couverture, sont mentionnés plus souvent dans les énoncés... Pour en savoir plus, consultez la section dévolue aux manuels scolaires.

Dans les cours de français et/ou de littérature, présentez des œuvres écrites par des femmes. Pour en savoir plus, consultez la section "Français". 

 

Valoriser les émotions, la création, l’intuition et l’imagination dans l’apprentissage des disciplines

Les émotions peuvent souvent être vues comme négatives, improductives, féminines et donc peu appropriées à l'apprentissage ; mais elles peuvent aussi être un moteur dans l'intérêt des élèves pour l'école.

Comme le signale un article du magazine Prof, "des études ont montré que les émotions modulent les fonctions cognitives. Elles modulent la mémoire (et l’apprentissage) : certaines émotions les améliorent (l'intérêt, l'enthousiasme...), d'autres les détériorent (l'ennui, un stress important). C'est important que les élèves puissent comprendre l'origine de leurs émotions pour ne pas confondre l’affection ou l’antipathie pour un enseignant avec l'intérêt pour la matière donnée. Enfin, elles influencent le style de pensée : des émotions positives engendrent la pensée globale et divergente qui peut produire des idées alternatives, rendre plus créatif. Des émotions négatives engendrent davantage la pensée analytique et convergente (plus logique)". 

 

Utiliser des exemples et proposer des activités susceptibles d'intéresser l'ensemble des élèves

Quelle que soit la matière enseignée, proposez des exemples qui peuvent intéresser les filles et les garçons. 

 

Démythifier les disciplines, les personnes qui les enseignent et l’apprentissage de ces disciplines

Pour cela, il peut être utile de proposer des modèles contre-stéréotypés. Inviter en classe des femmes qui travaillent dans les sciences exactes et/ou des hommes qui travaillent dans les sciences humaines permet de casser les stéréotypes associés à ces professions. Au Canada, certaines associations qui aident les élèves à faire leurs devoirs recherchent spécifiquement, parmi les étudiantes des universités et des écoles de technologie, des bénévoles de sexe féminin pour encadrer les devoirs de mathématique, physique, chimie,… Leur but est d’inciter les filles à choisir plus souvent ce type d’études en leur offrant un modèle à qui parler des études scientifiques.

Vous pouvez également mettre en évidence des personnalités scientifiques reconnues des deux sexes. Les personnalités scientifiques masculines sont souvent les plus connues et les plus mises en avant. Vous trouverez des listes de femmes scientifiques, écrivaines, artistes… dans les parties consacrées aux différentes disciplines présentées au sein de ce site web.

 

Utiliser des moyens pour permettre à tous et à toutes de prendre la parole et de se sentir plus à l’aise pour parler

 Les garçons ont tendance à monopoliser l’espace physique et verbal. Il est donc important de répartir la parole de manière équitable. Il est parfois tentant pour l’adulte de donner la parole à un garçon qui la demande ostensiblement, au risque de s’exposer à des manifestations de dépit, plutôt qu’à une fille qui lève patiemment la main. Pourtant, ces différences de traitement renforcent les stéréotypes liés aux rôles sociaux masculins et féminins. Filles et garçons peuvent s’autoriser certaines conduites en tant que filles ou en tant que garçons, comme si cet état de fait était le résultat de différences « naturelles ». L’égalité de traitement et le rappel explicite de ce principe contribuent à éviter que ne s’installent des habitudes inégalitaires. Il est donc important de répartir la parole de manière équitable.

Un exemple est de laisser plus de temps pour répondre à une question en adoptant un « temps d’attente » pour encourager les filles à prendre la parole dans un contexte où les garçons sont plus audacieux et répondent plus vite qu’elles. Attendez 4 à 5 secondes avant de demander à un-e élève de répondre à une question. Le fait de retarder la réponse laisse à tous les élèves l’opportunité de trouver la réponse et de la proposer. 

Pour plus d’informations sur ce sujet, rendez-vous à la section "Occupation de l'espace verbal".

 

Créer un climat propice à l'apprentissage axé sur des modes coopératifs plutôt que compétitifs

 

Faites attention à la langue et enseignez en utilisant des termes inclusifs

En tant qu’enseignant-e, il est important de faire attention aux tournures de phrase que vous utilisez avec les élèves. Il faut également éviter de véhiculer des stéréotypes sexistes tels que : « les filles sont douées pour telles activités », « les garçons ont tel comportement », « les filles sont plus soigneuses que les garçons », « les garçons sont plus sportifs que les filles »…

Pour plus d’informations sur ce sujet, rendez-vous à la section "Pour une langue inclusive".

 

Faire de la classe un lieu neutre

Veillez à ce que l’environnement soit le plus neutre possible. En effet, une étude a révélé que la décoration de la classe avait une importance dans l’intérêt que portaient les filles à l’étude de l’informatique, des mathématiques et des sciences. Les chercheurs et chercheuses ont présenté deux photos d’une même classe d’informatique à des filles et des garçons. L’une des classes était décorée d’affiches de films de science-fiction alors que la deuxième était décorée de manière neutre avec des plantes vertes et des affiches de paysages. 68% des filles contre 48% des garçons ont préféré la classe non-stéréotypée. Les filles à qui on présentait la classe non-stéréotypée était 3 fois plus nombreuses à déclarer qu’ellessouhaitaient suivre le cours d’informatique l’année suivante. On peut supposer que l’inverse est également vrai : évitez donc les contenus trop « girly » ou trop « masculins ».

Pour plus d'informations, consultez l'article "To get girls more interested in computer science, make classrooms less geeky".

 

Créer un climat propice à l'apprentissage axé sur des modes coopératifs plutôt que compétitifs

 

Neutralité dans l’attribution des tâches et des rôles

Comment vais-je attribuer les tâches ? Quelles responsabilités vais-je attribuer et à quelle personne ? Evitez d’attribuer aux élèves des rôles stéréotypés en fonction du genre, qui peuvent contribuer à l’intériorisation des identités « masculine » et « féminine », par exemple en demandant aux garçons de dépanner un matériel qui ne fonctionne pas et aux filles de nettoyer le tableau, de ranger la classe. 

Il est judicieux d’instaurer un système aléatoire pour la répartition des tâches mais de faire en sorte quetousles élèves occupent, à tour de rôle, les différentes tâches. De même, dans les activités de groupe, veillez à ce que les élèves occupent les différents rôles exigés par l’activité et qu’ils/elles respectent chacun de ces rôles. Par exemple, n’attribuez pas systématiquement certains rôles aux garçons et d’autres aux filles, tels que, par exemple, l’apport d’idées aux uns et la prise de notes aux autres.